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Sentai
    Le Tokusatsu au Japon et les 25 ans des séries sentai (par Chron)

[ Catégorie : Dossiers / Articles | Ajouté le 02-11-2001 ]
Introduction

Paris, été 2001, place du Trocadéro. Les France Five posent avec leurs nouveaux costumes pour quelques photos, la tour Eiffel en arrière plan... Bien sûr tout le monde se demande qui sont ces drôles de zygotos... Un nostalgique se souvient et dit : « Trop cool ! Bioman ! » Un petit garçon se fait traîner par sa mère en protestant : « Maiieuhhh, je veux voir les Power Rangers... » Et non, ce sont les France Five ! Un sentai français, Môssieu... Mais au fait qu’est ce qu’une série « sentai » ?

Avant d’attaquer le coeur du sujet, il est bon de replacer les séries sentai dans le courant de la production télévisée auquel elles appartiennent : Le Tokusatsu.


Le Tokusatsu, c’est-y quoi donc ?
Le mot « tokusatsu » vient de la contraction de la locution « tokubetsu satsuei » c’est à dire « Effets spéciaux ». C’est un terme très générique qui permet d’englober toutes les séries, en principe destinées à la jeunesse (on verra que ce n’est pas aussi simple que cela), utilisant beaucoup d’effets spéciaux (logiquement), englobant des séries allant, pour les plus connues en France, de San Ku Kaï à Bioman en passant par Spectreman. Toutes ayant en commun d’avoir des héros transformables, de gros monstres et des cités réduites à néant...


1 ) Les débuts.

Le tokusatsu prend ses racines dans les films de kaijû (monstres) où de grosses bébétes viennent détruire Tôkyô voire tout le Japon... Bien sûr le plus connu de ces monstres n’est autre que Godzilla, créé en 1955 par HONDA Inoshiro. Tout d’abord symbole des effets des radiations nucléaires, Godzilla passe peu à peu de méchant destructeur à défenseur des opprimés, sa bonne bouille attirant finalement plus de sympathie qu’autre chose... Bien sûr les effets sont rudimentaires et on peut sourire aujourd’hui de voir un acteur dans un costume écraser des immeubles en carton, mais le pitoyable remake de Roland EMMERICH prouve fort à propos que des effets spéciaux « réussis » ne sont en rien la cause du succès phénoménal de cette série. Un comble tout de même, vous ne trouvez pas ?

Ayant fait ses premières armes et acquis une certaine expérience un certain nombre de personnes ayant participé à ces films tentent l’aventure seule. Parmi elles, TSUBURAYA Eiji, qui en 1966 créé Ultraman, premier personnage qui se transformait et pouvait atteindre la taille d'un géant. Ce personnage est inconnu en France.Il eut droit seulement à quelques épisodes d’un dessin animé éponyme, et d’un jeu vidéo sur Super Nintendo du plus mauvais acabit... Pourtant depuis 1966, Ultraman ne cesse d’être la référence du super héros au Japon, la famille ne cessant de s’agrandir à chaque série et à chaque film lui étant consacré. Imitez donc la célèbre attaque en croix d’Ultraman devant un Japonais pour le sidérer...

La vogue d’Ultraman bien sûr ne fut pas toujours au top niveau mais resta toujours populaire, à tel point qu’elle est à l’origine des séries de « Kyodai Hîro ». Ces héros, se transformant eux aussi, s’inspirent d’Ultraman, en reprenant le concept du heros qui peut grandir jusqu’à devenir géant pour combattre les monstres. C’est Spectreman qui inaugura le genre en 1971. Spectreman devait alors lutter contre la pollution que répandait l’infâme Dr Gori et son armée de singes... Et c’est avec une émotion non dissimulée que nous pûmes revoir, quelques années en plus mais toujours aussi vigoureux, NARIKAWA Tetsuo, qui jouait le rôle de Spectreman, lors du 11ème salon Cartoonist qui se déroulait à Toulon en avril 2001. Ce genre de séries à continué jusqu’en 1993, date à laquelle elles ont cessé.


2 ) Kamen Rider.

Kamen Rider est apparu sur les écrans nippons en 1971, mais continue encore actuellement avec la série très appréciée Kamen Rider Agito, en cours de diffusion au Japon. Cette série est adapté d’un manga d’ISHINOMORI Shotarô, a qui l’on doit de nombreuses oeuvres aussi bien en manga qu’à la télévision. Il est par exemple le père de la série San Ku Kaï... Et certains de ses élèves ont sont maintenant quelque peu connu, par exemple, NAGAI Gô, entre autres père de Devilman et Goldorak...

Kamen Rider raconte l’histoire d’un jeune homme, champion de moto, qui a été enlevé par la maléfique organisation Shocker afin de le transformer en super-soldat... Réussissant à s’échapper, après avoir été transformé en une sorte de robot-insecte humanoïde, il devient un paria, qui n’est plus humain, mais qui jure de combattre le crime jusqu’au bout. Ainsi dans la tendance de ces héros rebelles, considéré par la société comme des rénégats (comme le sera Albator par la suite), Kamen Rider est un héros torturé et romantique à souhait avec son foulard au vent alors qu’il chevauche son invincible moto...

Anecdote marrante, le héros de la première série télévisée, FUJIOKA Hiroshi, connut une seconde carrière dans la peau de Segata Sanshirô. Héros mascotte de la console Saturn de Sega, il joua dans de nombreuses publicités le rôle d’un judoka solitaire transportant sur son dos une énorme Saturn. Ce héros parodiant le Sugata Sanshirô de KUROSAWA eut un grand succès auprès du public...

A part une version « sabanisée » de la série (voir plus bas pour une description plus détaillée de cette horrible maladie qui frappe ces séries...) nommée alors « Masked Rider » nous n’avons malheureusement jamais pu découvrir décemment ces séries... Néanmoins peut-être un soupçon d’espoir est-il encore permis, car une société française serait intéressée par l’acquisition de Kamen Rider Kûga, ce qui permettrait de découvrir enfin ces excellentes séries, toutefois, bien sûr, si Saban ne s’en accapare pas aussi...


3 ) Divers.

Diverses séries se succédèrent aussi sans pour autant donner lieu a de véritables modèles, même si bien sûr elles contribuèrent à ériger certains codes du tokusatsu en général... Ces séries un peu à part sont regroupées sous le nom de « Henshin » (transformation). La première du genre fut Henshin Ninja Arashi (1972), et ce genre a aussi ces grands héros comme Kikaider mais celle qui marqua le plus le public français fut sans aucun doute San Ku Kaï (Uchû kara no meseji-Ginga Taisen – Un message de l’espace, les guerres galactiques) qui date de 1978.

Les aventures spatiales de Hayato, Sidéro et du vaisseau SanKuKaï luttant contre les terribles Stressos, frappèrent bien des esprits, et le générique remue toujours de vieux souvenirs. Cette série profita en plus du renouveau de la science-fiction qu’apporte Star Wars à l’époque... Le space-opera connait un véritable engouement à cette époque ... On peut citer comme exemple la série de marionnettes Bomber X créée en 1981 qui adaptait le principe de la série Thunderbirds au space opera...


4 ) Metal Heroes.

En mars 82, la Tôei sort une série qui créera un nouveau genre : Uchû Keiji Gavan qui arrivera en France en 84 dans l’émission RécréA2 sous le nom : (Là je voulais mettre le logo X-Or…)

Par la suite, on appelera ce courant Metal Hero car les costumes chromés des héros sont bien plus rutillants et impressionnants que les vêtements souples des autres séries... Ce mélange de métal, de robotisation et de la fonction de policier sera l’une des nombreuses source d’influence pour le personnage américain de Robocop plus tard....

Cette série eut un succès phénoménal aussi bien au Japon que dans le reste du monde grâce à son montage dynamique, voire survolté, des effets spéciaux délirants pour l’époque, et un arsenal fabuleux comme le fameux vaisseau transformable de X-Or, le dragon Morox... X-Or c’est aussi un fourmillement d’idées qui donnaient lieu à des scènes d’anthologies... Ces scènes se retrouvant à chaque épisode permettant ainsi au spectateur d’établir un système de codes qui s’il enferme parfois le récit dans une trop grande répétitivité, permet une identification totale au héros... Celui-ci sachant quelle attaque va être utilisé et peut ainsi hurler le nom de son attaque favorite au moment voulu... Par exemple, la scène de la transmutation est une des nombreuses perles de la série, quand Gordan (le héros), poussé à bout, se voit obligé de revêtir son scaphandre de combat en moins de 5 centièmes de secondes afin de chatîer les méchants...

Bien sûr l’effet Star Wars est passé par là, et le sabre-laser du héros permet d’ajouter une touche magique à la classique épée, l’arme la plus noble qui soit, celle des samurais, et la seule qui sied à un véritable héros japonais... Il ne faut pas oublier qu’outre le montage dynamité des épisodes, l’acteur ÔBA Kenji insuffle une vie incroyable au personnage de X-Or grâce aux cascades et scènes de combat qu’il assurait lui-même. Celui-ci également invité lors du Salon Cartoonist d’avril 2001 à Toulon, se souvenait ému d’un tournage éprouvant physiquement mais très satisfaisant moralement, et lui d’avouer qu’en fait c’est lui-même qui avait concu le sabre-laser évoqué plus haut.

Prenant un pari risqué, les producteurs obtinrent unsuccès immense avec cette série et prolongèrent la saga des « Shériffs de l’espace » par les séries Sharivan et Sheider. La première a été diffusé partiellement sous le nom « X-OR 2 », puis sous son nom original semblant oublier le lien de continuité qui unit les deux séries ! La deuxième est fort moins connue et n’eut droit qu’à une diffusion discrète sur M6... Malheureusement les fans de cette série sont en deuil depuis fin juillet car l’acteur, TSUBURAYA Hiroshi (petit-fils du créateur d’Ultraman, évoqué plus haut), a rejoint prématurément le paradis des héros. Je m’autorise la formule et on dit « dans les milieux autorisés » que peut-être le retour des Space Sheriffs serait pour bientôt...

WATARI Hiroshi, héros de Sharivan, lui, est toujours actif après de nombreux rôles dans diverses séries comme par exemple l’excellent Spielvan (dont le « rayon double flux » a inspiré à n’en pas douter un certain Geoges Lucas une quinzaine d’années après pour l’arme de Darth Maul dans Star Wars Episode 1 ). Accompagnant son sempai X-Or lors du dernier Cartoonist, ce fut l’occasion pour lui de présenter pour la première fois, sa nouvelle série : Wecker, police temporelle. Cette série releve d’un courant assez rare de la production tokusatsu, le Onna Senshi, où les rôles principaux sont tenus par de jolies jeunes filles qui sauvent le monde...


Les séries sentai

Evidemment, chacun de ces courants se développe parallèlement les uns aux autres, telles séries profitant du succès de telle série, film ou encore de la perte de vitesse d’une série concurrente qui reviendra quelques années plus tard... Par exemple Kamen Rider connut un long break dans les années 80... Maintenant, rappelons nous encore un ou deux souvenirs qui ne manqueront pas de ressurgir quand j’aurais dit un nom magique : Bioman.



1 ) Découverte.

En France, Goldorak a fait exploser le marché du dessin animé japonais à partir de 1978. Les producteurs importent alors aussi des séries live comme Sankukai (arrivée en France 1980) , Spectreman (1981 ) et bien sûr X-Or (1984), ces séries remportent de plus en plus de succès à chaque fois... C’est Canal+ en 1985 qui diffuse pour la première fois Bioman avec des génériques (de début et de fin, différents ! !) chanté par Michel BAROUILLE (qui chante aussi entre autres Sous le signe des Mousquetaires), qui sont les copies conformes des génériques originaux mais en français ! La série marque les heureux possesseurs du décodeur mais restera inconnu de la plupart, la chaîne n’étant pas encore aussi développé que de nos jours... Puis en 1987, Dorothée arrive sur TF1 pour y fonder le tristement célèbre Club Dorothée dont le catalogue de séries est tellement fourni que la débilité indigente et infantilisante de la présentation n’est qu’une petite épreuve à surmonter...C’est l’âge d’or des programmmes jeunesses et la guerre des programmes fait rage avec Antenne 2, Dorothée va alors utiliser une carte maîtresse, et c’est avec le célèbre générique de Minet que nous est présenté alors Bioman. Le succès est phénomènal, la chanson, qui fait survivre encore Minet de nos jours quand il se produit en boîte de nuit, se vend alors extrêmement bien et est très bien classé au Top 50 durant plusieurs semaines. L’engouement est tel que tout le monde connaît Bioman au même titre que Goldorak... La série devient même un moment la cible des comiques avec une parodie des Inconnus puis des Nuls et aussi une parodie de la chanson de Minet par Patrick Sébastien déguisé en François Mitterand ! !

Lorsque la série est terminé et malgré les rediffusions, il faut penser à renouveler le stock de séries. Pour profiter du succès, et rester très identifiable pour le jeune public, la série Maskman est importé l’année suivante sous le nom de Bioman 2 (dont le générique toujours de Minet est l’une de ses chansons les plus ridicules ! ^_^ ), alors que les 2 séries n’ont aucun lien ! Enfin nous aurons droit aussi à Bioman 3 (dont le générique est à l’inverse peut-être une de ses meilleures chansons alors qu’elle reste relativement méconnu...) qui n’est autre que l’excellente série Liveman . D’autres séries comme Flashman, Turboranger, ou Jetman seront programmés par la suite mais hélas en définitive, il n’y aura que très peu de série qui auront été diffusé dans leur intégralité... Beaucoup ayant pour but de vendre des jouets à l’effigie des héros de la série à l’approche de Noël et disparaissant peu de temps après ... (Pour certaines séries, il ne fut même pas diffusé 5 épisodes d’affilée...) Puis les séries sentai disparaîtront du petit écran pour y revenir peu après sous l’apparence des Power Rangers, mais nous y reviendrons plus tard...


2 ) Le sentai au Japon.

Au Japon, les séries sentai fêtent cette année (année 2000-2001) leur 25ème anniversaire avec la série Hyakujû sentai GaoRanger (GaoRanger, l’escadron des cent fauves) qui marche plutôt bien... Un film est sorti il y a peu où les GaoRanger combattent aidés de leurs 24 prédécesseurs. Ce qui permit des scènes d’anthologie comme une charge gigantesque de tous les mécha de sentai ! ! Depuis 1995, pour chaque série est produit en bonus une histoire où les héros de la série en cours rencontre leur prédécesseurs, les premiers furent les OhRanger croisant la route des Kakuranger, à l’occasion du 20ème anniversaire du sentai. Le sentai est maintenant totalement intégré dans la culture japonaise et ses codes sont des références immédiatement reconnues par tout le monde. Même s’il est mal vu de continuer à regarder ces séries à partir d’un certain âge, cela est toléré sans remettre en doute la santé mentale de ce spectateur. Car si l’on dit toujours que le sentai vise un public enfantin (car c’est eux qui voudront les jouets de cette série), il séduit aussi les parents qui ont élévé aux sons des toutes premières séries et puis qui achetera les jouets dont les bambins rêvent si ce n’est les parents qui ont le pouvoir d’achat ? Il est donc aussi important de séduire le public adulte. En introduisant un acteur beau gosse, énigmatique, kakkô ii (qui a de la classe), par exemple pour séduire les jeunes mères de famille. Ainsi, le personnage de Mega Silver de la série Denji sentai Megaranger (1996) eut beaucoup de succès auprès de ces dames... Et bien sûr les hommes pourront toujours se rabattre sur le rôle féminin qui jouera Pink...

Les séries sentai sont diffusés très tôt le dimanche matin au Japon et si le coeur leur en dit les Tôkyôïtes pourront retrouver leurs héros préférés sur scène l’après-midi même ! En effet, près du grand complexe commercial Tôkyô Dome City, se trouve le Kôrakuen. Grande scène où se déroule régulièrement des spectacles mettant en scène les héros du moment. En général, les moments les plus forts de ces spectacles se situent durant les vacances en général et plus particulièrement vers mars, lorsque la diffusion à la télévision va se terminer et que les acteurs de la série viennent combattre sur scène... Ainsi un parent peut toujours prétexter emmener voir un show à son petit garçon, mais lorsqu’on regarde la moyenne d’âge du public lors des dernières, on peut être relativement surpris. Ainsi, classer immédiatement ces séries comme enfantines n’est pas acquis, car de nombreux clins d’oeils en direction du public adulte et une tendance au second degré existent dans ces séries.


3 ) Le début du sentai au Japon.

C’est donc en 1975 que le genre vit le jour avec la série créé par ISHINOMORI Shotarô (cf supra.) : Himitsu Sentai GoRanger (GoRanger, l’escadron de combat secret). Le design est encore expérimental, les collants et les casques à visières noires ne sont pas encore là mais l’escadron est déjà composé de 5 personnages, grand classique du groupe (5 comme les doigts de la main)... Chaque personnage à sa propre couleur et son propre caractère (pour ne pas dire stéréotype). C’est encore les balbutiements et les codes ne sont pas encore totalement fixés... La deuxième série en 1977, JackerDengekitai (Jacker l’escadron d’électro-combat) met en scène des personnages caractérisés par une couleur...d’un jeu de cartes ! Trèfle, carreau, pique et bien sûr le cœur pour la demoiselle du groupe, le tout mené par Big One, le joker... L’apparition d’un robot géant est un élément important dans les histoires sentai mais celui-ci n’aparaîtra pour la première fois que dans la série Battle Fever J, et à partir de cette série on appella les séries à venir « Super Sentai ». On peut aussi remarquer dans le rôle de Battle Kenya, le premier grand rôle à visage découvert d’ÔBA Kenji qui, quelques années plus tard, deviendra mondialement connu pour le rôle du shériff de l’espace, X-Or.

La plupart des éléments fondamentaux seront fixés par la série suivante Denshi Sentai Denziman en 1980. A savoir, un gros robot (à partir de cette série, transformable, puis assemblable dans les séries postérieures), 5 membres qui se transforment en héros colorés et combattent à l’unisson un empire maléfique, voulant conquérir ou pire détruire la Terre !

La force des différentes séries viendront du respect et de la transgression de chacune de ces règles. Ainsi chaque série apporte au moins une innovation majeure ou un concept qui, s’il est porteur, sera repris l’année suivante par son successeur.

Car il faut savoir que la Tôei qui produit donc ces séries, y investit tellement d’argent (malgré ce que l’on pourrait penser en voyant certains monstres...) qu’elle ne peut produire que deux séries par an : en général, une série sentai et une autre série dans la tendance du moment (auparavant Metal Hero maintenant plutôt Kamen Rider). En général, les Japonais peuvent aussi se régaler d’une nouvelle série d’Ultraman tous les ans car plus indépendante de Tôei... Ainsi une série ne dépassera pas les 52 épisodes, diffusés une seule fois, avant de détruire les méchants et de passer le flambeau à son successeur. Apre tâche s’il en est quand la série précédente a très bien marché... Ainsi en 1985, la succession est rude pour la série Dengekisentai Changeman car Bioman (Chôdenshi Bioman, 1984) qui a eu un succès colossal est encore présent dans tous les esprits...

Donc, chaque année une nouvelle série voit le jour, enrichie des découvertes des séries précédentes (nouvelle couleur, apparition mystérieuse d’un sixième membre hors-groupe, robot transformable et combinable, canon porté par l’équipe entière ou arme combinée). De plus cette série doit se faire une identité en respectant ce que les spectateurs aiment tout en étant originale : nouveaux costumes, nouveaux casques, nouvelles scènes de henshin (transformation), nouvelles poses . D’ailleurs ces poses sentai, qui ont pour but d’en jeter un maximum pour présenter chaque héros une fois transformés, peuvent atteindre des summums de complexité... Comme par exemple dans la série Goseisentai Dairanger, très inspirée par l’esthétique des arts martiaux très fluide... Bref, ce doit être un véritable cauchemar pour les créateurs qui doivent à tout prix se diversifier, passant du thème des animaux aux dinosaures, des ninjas, en passant par les voitures! Ainsi malgré une grande ressemblance, chaque série est très variée… Ce peut être aussi un jeu très amusant, prenez 5 couleurs et imaginez un groupe où chaque personnage est une facette de votre thème, puis vous pouvez imaginer les armes correspondantes, les méchas, les méchants... Qui sait peut-être détenez-vous la recette du sentai de l’an prochain ?


4 ) Le drame des sentai.

L’anniversaire de cette année marque aussi un autre anniversaire bien moins plaisant, voire fort douloureux pour les amoureux de ces séries : Les 10 ans de la série Power Rangers.

Cette série pseudo-américaine qui envahit nos écrans télé aujourd’hui est l’oeuvre de Haïm SABAN, homme d’affaires et ancien génie du générique dans les années 80... Noam et son Goldorak, vous vous en souvenez ? C’était déjà lui... Bref, depuis 1991, SABAN tient une poule aux oeufs d’or qui se nomme Power Rangers. Conscient du potentiel extraordinaire des séries sentai et surtout, comme LUCAS l’a démontré avec Star Wars, du marché des produits dérivés (jouets, cartes, lunch-box, préservatifs et autres...) et ayant remarqué que ce terrain était inexploité aux USA, SABAN eut, du moins selon lui, une idée de génie : Puisque les américains boudent ces séries avec des acteurs japonais, pourquoi ne pas leur offrir les mêmes séries, mais avec des acteurs américains ?

Essuyant quelques refus les premières années, la recette se révelera vite un succès. Ainsi, depuis 1991 et la série Kyôryûsentai JûRanger (on trouve aussi souvent la transcription ZyuRanger...) chaque série se voit épuré du moindre faciès nippon (quand cela est possible ! Ainsi dans la série Go Go Five, les visières des casques sont parfois transparentes, laissant apparaître de jolis yeux bridés que SABAN a conservé quand même ! !) . On garde robots, monstres, et scènes de combats et on remplace le reste par de (mauvais) acteurs américains. Mais attention ! ! Aux Etats-Unis, c’est bien connu, on est pas xénophobe ! C’est aussi que le Ranger Noir sera tenu par un « Afro-Américain », et le Ranger Jaune par une jeune fille d’origine asiatique, les autres étaient de bons petits Américains... Euh en fait non, ils sont pas obèses... Bref du politiquement correct et surtout du familial ! Si à la base, les séries sentai sont effet destinés à un jeune public, ici la bouillie infâme et infantilisante qui est servie peut-être soumise à n’importe quelle âme bien pensante ! Le pire étant que SABAN avec ses mauvais remakes touche plus d’argent que la Tôei elle-même ! Et ce avec la participation du fabricant de jouets BanDaï, bien trop heureux de pouvoir fournir les jouets japonais et les mêmes versions P. R, parfois de moins bonne qualité que leur homologue japonais mais souvent il s’agit juste d’un changement de packaging... Si les acteurs et réalisateurs sont peinés de voir leurs efforts réduits à néant, la Tôei semble fort peu s’indigner du remontage parfois intégral de leurs séries. Et le coup de grâce pour les fans : SABAN (qui à la limite pourrait être la World Company car SABAN est juste le gérant visible d’une société...) afin d’éviter tout téléscopage avec ses séries achètent les droits mondiaux des séries japonaises, et bloquent ainsi depuis 10 ans chaque série et hélas, il ne semble pas près de s’arrêter pour preuve l’annonce d’une nouvelle fournée de sa série, la « sabanisation » de GaoRanger alors que celle-ci n’est même pas terminée au Japon !

Mais loin de s’arrêter au seules séries sentai, quelques autres séries furent elles aussi « sabanisés ». Ainsi on put découvrir les aventures de Kamen Rider Black sous le nom de Masked Rider. Cette série mettant un jeune homme extra-terrestre venant s’installer chez une famille « typique », jugez par vous-même : le père est un gros américain, la mère est d’origine asiatique, le petit garçon est noir et l’ainée est blonde aux yeux bleux ! Et pour couronner le tout, une espèce de sous-ersatz d’Alf l’extraterrestre, Ferbus, accompagne le héros... On peut penser aussi aux séries Beetleborgs ou V.R. Trooper... Cette dernière série étant un peu différente des autres car il s’agit d’une série entièrement inédite, SABAN ayant uniquement récupéré les costumes de Spielvan et Metalder, inutile de dire que cette série est de loin la plus mauvaise...

Voyant le revenu que rapporte les Power Rangers (une des licences les plus chères au monde), peut on vraiment espérer un retour des séries live en France dans une forme plus décente comme c’est le cas depuis longtemps dans d’autres pays comme le Brésil ? Hélas, on peut en douter car l’a-priori sur ce genre de productions est très fort chez nous, on peut se demander si les chaînes voudrait prendre le risque de diffuser ces séries et de toute façon est-il vraiment réaliste de penser que, pris de scrupules, SABAN de lui même coupe sa manne infinie ? Même à la télévision on y croirait pas...


5 ) France Five : Un sentai français Môssieu...

La France a un lien très fort avec le sentai qu’on le veuille ou non. A l’époque du sacro-saint Club-Dorothée, la France fut tellement un bon client que Dorothée en voyage au Japon pour aller à la Tôei se vit offrir des petits rôles en « guest-star » dans les séries Chôju sentai Liveman (Bioman 3-cf supra) et Sekai ninjasen Giraya (une série Metal Hero mettant en scène... des ninjas bien sûr...) . A l’époque aussi les chansons de la même Dorothée font un carton là-bas !

Si l’amateur de séries live a passé plusieurs années difficiles, obligés de trouver ce qu’il peut sur Internet ou en import, la résistance s’organise peu à peu... En cela deux événements majeurs : France Five et le Cartoonist Toulon 2001.

Présenté à Cartoonist 2000, Jushi Sentai France Five (France Five, l’escadron des mousquetaires) et le résultat du travail acharné d’une petite équipe de fans mené par Alex PILOT (Réalisateur des fameux Bitoman), et Grégoire HELLOT (ou Greg plus simplement, journaliste exhubérant du magazine Joypad). Réunissant tout une bande de fans autour d’eux, fait avec les moyens du bord, mais avec un scénario respectant tout les canons du genre, France Five a une petite touche de second degré qui n’est pas déplaisante non plus...

En deux mots, les France Five (et le mystérieux Silver Mousquetaire...), mené par le professeur Burgonde, combattent l’empire Lexos, commandé d’un poing d’acier par le démoniaque Glou Man Chou qui veut envahir la Terre. Heureusement, Gustave Eiffel avait prévu cela et a pourvu la capitale d’un puissant artefact empêchant les Lexos de débarquer en masse sur Terre : La Tour Eiffel. Dès lors les Lexos n’auront de cesse d’envoyer Streums et PanouPanou pour la détruire !

Le premier épisode est un hommage vibrant aux perles du genre comme Bioman dont le générique (de Michel BAROUILLE) est superbement adapté pour l’occasion, mais aussi à un autre court métrage moins connu du grand public mais ayant atteint un statut culte chez les fans : Aikoku Sentai Dainippon. Ce film amateur live de 1986, parodie de sentai, est une des premières réalisations du génial ANNÔ Hideaki avant qu’il ne fonde le studio Gainax où seront réalisées plus tard des séries comme Nadia, GunBuster, ou encore Evangelion.

Le deuxième épisode de France Five sera enfin présenté au premier Cartoonist de Paris se déroulant au début de novembre 2001. On notera l’incroyable bond effectué dans les costumes et bien sûr les sublimes casques qui n’ont plus rien à envier à leur homologues japonais. Anecdote amusante, d’ailleurs, France Five marche beaucoup mieux au Japon qu’en France... Les Français au delà d’un simple effet de nostalgie ne comprenant pas trop le délire de la sympathique bande... Cela marche tellement bien qu’au Japon, un studio a introduit dans un épisode d’une petite série toute récente « Happy Lesson », deux énormes clins d’oeil à France Five (par exemple un poster sur le mur de l’héroïne...). Autant dire que la surprise fut de taille et la joie incommensurable !

Un deuxième événement qui a permis de redonner goût au public de ces séries est la venue en France au Cartoonist de Toulon 2001 de X-Or, Sharivan, et Spectreman, notamment grâce à Pierre Giner, grand spécialiste en Tokusatsu et responsable des invités de cette convention ! Nous eûmes droit en outre à une représentation totalement unique des trois invités sur scène qui frittèrent des PanouPanou bien français. Bien que repété en hâte la veille, cette surprise fut l’un des moments les plus forts du salon et que le monde entier nous envie ! Car il évident que pour des problèmes de droit, jamais un tel cross-over n’aurait pu avoir lieu ailleurs, même au Japon ! Ce salon permit aussi, justement, aux France Five de rencontrer le mangaka NONAKA Noboru (dessinateur du manga de X-Or), qui les gratifia très gentiment de superbes designs préparatoires en vue de nouveaux costumes pour leur deuxième épisode...

Et voici qu’approche la fin de cette introduction, certes conséquente, au fabuleux pays du Tokusatsu, maintenant, il ne tient plus qu’à vous de raviver encore vos souvenirs, ou de découvrir tant de séries inédites. On pourra signaler à cette fin que la chaîne « Mangas » consacre une case à ces séries live qui font partie du catalogue AB (X-Or, Bioman, Sankukai...). On peut aussi maintenant trouver l’intégrale de X-Or et de Sankukai en cassettes VHS en coffret ou à l’unité chez l’éditeur IDP en attendant des sorties en DVD. De plus, la sortie prochaine en intégralité, en VHS et DVD, de la série Bioman pourrait signifier que un ou plusieurs acteurs de la série pourrait être invité à un prochain Cartoonist. Enfin voici un petit guide de survie pour commencer vos recherches. Prêt ? Henshin !


Petit guide Tokusatsu
http://www.tokusatsu.fr.fm/ Le premier portail Tokusatsu francophone ! L’annuaire très fourni est un excellent départ, et le site en lui-même a quelques excellentes rubriques en plus...

http://www.gavan.fr.fm/ Site de Damien Martinet sur X-Or, excellent mais si vous voulez avoir accès à toutes les pages, il faudra vous contenter de l’anglais.

http://www.gyaban.fr.st/ Site de Gordan sur X-Or, la référence francophone sur cette série.

http://www.jiban.fr.st/ Le site de l’association Granaska et du fanzine Xénon, plus généraliste.

http://www.chez.com/soko Le site de l’excellent fanzine Soko. Malheureusement il n’y est pas trop dit comment faire pour se les procurer justement...

http://babylos.free.fr/ Un nouveau webzine fort sympathique avec un dossier sur Bioman très intéressant.

http://www.multiform.net/iform_sans.asp?iform=ID13684 Le tokuforum, géré par Damien Martinet. Une question vous turlupine ? Une idée, un doute existentiel sur « Pourquoi les Bioman sont les plus fort ? » un seul endroit, et c’est ici...

http://www.francefive.com/ Le site des France Five, avec notamment le 1er épisode disponible pour le téléchargement, et aussi la rubrique « Tech » où sont dévoilés les secrets de fabrications et le travail que cela demande de sauver le monde !

http://www.tokusatsu-downloads.fr.st/ Un site efficace où l’on trouve tout les génériques audio des séries sentai et tokusatsu.

http://fr.groups.yahoo.com/group/Tokusatsu-Fr/ La mailing-list des fans de tokusatsu

http://www.cartoonist-france.com/ Pour tout savoir sur le Cartoonist Toulon 2001, les précédentes et les futures éditions...


Historique


Bonus : Les TimeRanger ont remonté le temps pour vous
et vous livre la liste des 25 séries sentai :


1975 : HIMITSU SENTAI GORANGER : L’escadron de combat secret GoRanger

1977 : JACKER DENGEKITAI : Jacker, l’escadron d’électro-combat

1979 : BATTLE FEVER J : Idem

1980 : DENshI SENTAI DENZIMAN : Denziman, l’escadron électronique

1981 : TAIYO SENTAI SUNVULCAN : SunVulcan, l’escadron solaire

1982 : Dai Sentai GoOgle Five : Google Five, le super escadron de combat

1983 : Kagaku Sentai Dynaman : Dynaman, l’escadron de la science

1984 : CHODENSHI BIOMAN : Super Electro Bioman

1985 : Dengeki Sentai Changeman : Changeman, l’escadron de combat d’électro-attaque

1986 : CHOSHINSEI FLASHMAN : Flashman, les supers nouvelles étoiles

1987 : Hikari Sentai Maskman : Maskman, l’escadron de la lumière

1988 : Choju Sentai Liveman : Liveman, l’escadron des animaux sauvages

1989 : kosoku Sentai Turbo Ranger : Turbo Ranger, escadron à haute vitesse

1990 : Chikyu Sentai Fiveman : Fiveman, l’escadron de la Terre

1991 : Chojin Sentai Jetman : Jetman, l’escadron des hommes-oiseaux

1992 : Kyoryu Sentai Juranger : Juranger, l’escadron des dinosaures

1993 : Gosei Sentai Dairanger : Dairanger, l’escadron des 5 planètes

1994 : Ninja Sentai Kakuranger : Kakuranger, l’escadron des ninja

1995 : Choriki Sentai Oh-Ranger : Oh-Ranger, l’escadron super-puissant

1996 : Gekiso Sentai Carranger : Carranger, l’escadron supersonique

1997 : Denji Sentai Megaranger : Megaranger, l’escadron électro-magnétique

1998 : Seiju Sentai Gingaman : Gingaman, l’escadron des planètes animales

1999 : KYUKYU SENTAI GO ! GO ! FIVE : Go ! Go ! Five, l’escadron du secours

2000 : MIRAI SENTAI TIME RANGER : Time Ranger, l’escadron du futur

2001 : HYAKKUJU SENTAI GAORANGER : GaoRanger, l’escadron des cent fauves


Dossier rédigé par Emmanuel « Chron Actarus » Pettini.