Hein quoi qu'est-ce que ?

On me fait signe dans l'oreillette que je suis mandé céans !
Alors,
>Dachonk:
Bereu, tu dis à un moment :
"Donc si tu veux que ça plaise aux plus grands, tu dois élargir ton propos, augmenter la complexité de tes histoires et élever le niveau de tes dialogues. Tu dois stimuler au maximum et en permanence l'intellect de ton spectateur (par divers procédés dont je vous parlerai plus tard si ça vous intéresse), afin qu'il se rende compte qu'il est en face d'un programme qui s'adresse aussi à lui (adolescent voire jeune adulte) et qu'il reste captif (ne zappe pas)."
Et jamais plus jusqu'au bout du thread je n'ai trouvé d'allusion à ces fameux procédés. J'ai raté une page ou est-ce que c'est resté en suspens ?
Dachonk, tu n'as rien raté. A force de digressions, je n'étais pas revenu sur ce point. C'est donc une excellente (et vaste) question.
Je ne connais pas ton expérience, je vais donc essayer essayer de te répondre en résumé, et si ce n'est pas assez clair je complèterai, (et si le sujet t'intéresse encore plus, je te recommanderai quelques lectures complémentaires).
Pour faire simple, disons que, de manière évidente, les programmes pour les plus grands sont plus "élaborés" que ceux pour les plus jeunes. Qu'est-ce que ça veut dire ? Je vais élargir le propos à l'écriture et mise en scène en général et faire le lien avec ce qui distingue également une oeuvre médiocre (voire mauvaise) d'une oeuvre qui va t'accrocher.
Je ne parlerai que de la forme.
Le sujet, de quoi ça parle, "le fond" est peut-être le premier paramètre qui va te pousser à t'intéresser à un programme. Et tu vas choisir les sujets qui te plaisent, t'intéressent, voire te touchent, en fonction de ton âge, sexe, culture, expérience personnelle, ou "goûts" (tel comédien(nne) ou tel dessinateur si c'est de l'anim). Tu sais donc ce qui s'adresse à toi rien qu'à "l'emballage" = sujet + esthétique globale.
Ca c'est quelque chose dont tout le monde est conscient.
Après, dans le
traitement du sujet, il y a un large éventail de possibilités, et c'est ce qui va faire que tu vas continuer à regarder ou zapper. Que tu vas trouver ça nul ou chanmé. Et c'est rigolo de constater que ce dont on a conscience -et qui est exécuté avec plus ou moins de bonheur- pour des "cibles" d'âge de programmes jeunesse, est parfois oublié quand on s'adresse à un public adulte.
Cela pourrait se résumer par une petite formule simple :
Tout ce qui ne t'est pas dit explicitement et que tu dois déduire, aiguise ta curiosité, et est agréable pour le circuit de récompense de ton cerveau, qui en redemande.
En vrac, et en liste non-exhaustive, des dialogues à la structure narrative:
-L'ironie (second degré),
-Le sous-texte (dire une chose mais en penser/faire une autre),
-Les informations partielles, les ellipses, le mystère, une structure non linéaire (laisser des trous que le spectateur va combler, ou raconter dans le désordre et laisser le spectateur remettre dans l'ordre).
Tous ces paramètres doivent exister depuis l'écriture, renforcés au jeu et à la mise en scène, et être exacerbés au montage, pour arriver au standard qualitatif des séries ou films qui te plaisent.
A chaque fois que le spectateur est pris pour un idiot, qu'on pense qu'il va rater ou ne pas comprendre quelquechose, et donc qu'on est redondant entre action et dialogue (les persos disent ce qu'ils sont en train de faire ou de penser), en réalité on perd du monde qui décroche car c'est chiant (nul).
Même chose quand on se refuse à faire des ellipses (il ne faudrait pas que le spectateur soit perdu...).
Créer des situations, provoquer une tension chez le spectateur par anticipation ("je pense qu'il va se passer ça" ou mieux: "oh non! Il va se passer ça!") et idéalement réussir à surprendre à chaque scène, par un dénouement inattendu est en revanche la marque d'un travail bien exécuté, et source de satisfaction pour le spectateur.
Tout ceci n'est malheureusement pas souvent compris ou bien maîtrisé chez les directeurs (trices) de programmes, (surtout en jeunesse mais pas que), qui entre les censures, politiques éditoriales, goûts et compétences personnels, installent et entretiennent un niveau d'écriture faible et décalé de la réalité et des envies du public à qui ils pensent s'adresser. Les scénaristes, qui souhaitent voir leurs pitches validés, font ce qu'on leur demande (même si les demandes sont ineptes) se résignent à cet état de faits, et le niveau général en pâtit dans un cercle vicieux >on s'habitue à écrire de la merde, on s'en rend plus compte, on prend plus de risques, on s'améliore pas, les textes sont médiocres, du coup on a des retours de merde de la part des chaînes, des gens qui pensent avoir compétence et légitimité à corriger les textes (et qui sont écoutés et suivis pour des raisons politiques -ne pas les froisser pour qu'ils donnent le feu vert pour que la compta débloque des paiements, et qu'on puisse leur refourguer un prochain programme). Et ça, c'est malheureusement valable pour l'essentiel des chaînes européennes, pour les petits comme pour les grands.
Voilà c'est succinct, mais j'espère que c'est assez clair. Il y a bien sûr tellement d'autres paramètres, hors contraintes, qui entrent en compte pour arriver au côté "élaboré", que cet angle me semblait le plus pertinent, car on en a pas forcément conscience en tant que spectateur.
>Tsuka: Concernant la saison 2 de Corneil & Bernie, j'ai vu deux épisodes. Ca m'a fait mal à la gueule mais je vais pas tirer sur l'ambulance : cette suite n'aurait pas dû voir le jour, elle était vouée à l'échec car les paramètres financiers et artistiques n'étaient pas réunis pour aboutir à un résultat satisfaisant.
Bac +2, les enfants... c'est ça la puissance intellectuelle !